Rachat de trimestres retraite : le barème 2026, et surtout le calcul de rentabilité que personne ne fait
En 2026, racheter un trimestre coûte de 1 055 € à 6 684 € selon votre âge, votre revenu et l’option choisie (barème officiel Cnav du 5 février 2026). Le versement est déductible à 100 % de votre revenu imposable, sans plafond. Résultat : pour un cinquantenaire en TMI 41 % à qui il manquera des trimestres, c’est l’un des rares placements à rendement quasi garanti du système français — et pour la plupart des autres profils, une mauvaise affaire. On fait le calcul.
Combien coûte un rachat de trimestre en 2026 ?
En 2026, le rachat d’un trimestre de retraite (le « versement pour la retraite ») coûte entre 1 055 € et 6 684 € selon trois paramètres : votre âge au moment de la demande, votre revenu annuel moyen, et l’option choisie (« taux seul » ou « taux et durée d’assurance »). Le barème applicable aux demandes déposées en 2026 est fixé par la circulaire Cnav n° 2026-04 du 5 février 2026. Vous pouvez racheter jusqu’à 12 trimestres au titre des années d’études supérieures (diplôme obtenu) et des années civiles validées par moins de 4 trimestres, si vous avez au moins 20 ans et moins de 67 ans à la date de la demande, tant que votre retraite n’est pas liquidée.
Extrait du barème officiel 2026, coût d’un trimestre selon le revenu annuel moyen (les trois tranches sont indexées sur le plafond de la Sécurité sociale, 48 060 € en 2026) :
| Âge en 2026 | Taux seul — revenu < 36 045 € | Taux seul — 36 045 à 48 060 € | Taux seul — revenu > 48 060 € | Taux et durée — < 36 045 € | Taux et durée — 36 045 à 48 060 € | Taux et durée — > 48 060 € |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 45 ans | 2 366 € | 8,52 % du revenu | 3 154 € | 3 506 € | 12,62 % du revenu | 4 674 € |
| 50 ans | 2 672 € | 9,62 % du revenu | 3 563 € | 3 960 € | 14,26 % du revenu | 5 279 € |
| 55 ans | 2 980 € | 10,73 % du revenu | 3 973 € | 4 416 € | 15,90 % du revenu | 5 888 € |
| 58 ans | 3 162 € | 11,39 % du revenu | 4 216 € | 4 686 € | 16,87 % du revenu | 6 248 € |
| 60 ans | 3 275 € | 11,79 % du revenu | 4 367 € | 4 854 € | 17,48 % du revenu | 6 472 € |
| 62 ans | 3 383 € | 12,18 % du revenu | 4 510 € | 5 013 € | 18,05 % du revenu | 6 684 € |
| 66 ans | 3 044 € | 10,96 % du revenu | 4 059 € | 4 512 € | 16,24 % du revenu | 6 015 € |
Le coût croît avec l’âge jusqu’à un pic à 62 ans, puis redescend légèrement jusqu’à 66 ans. À 20 ans, le trimestre « taux seul » démarre à 1 055 €.
Deux dispositifs à tarif préférentiel s’ajoutent au barème :
- Études supérieures avant 40 ans : réduction de 670 € par trimestre (option taux seul) ou 1 000 € par trimestre (option taux et durée), dans la limite de 4 trimestres, pour toute demande déposée au plus tard le 31 décembre de l’année de vos 40 ans (la réforme de 2023 a remplacé l’ancien délai de 10 ans après la fin des études).
- Stages en entreprise (convention, 2 mois minimum, depuis mars 2015) : tarif forfaitaire de 480,60 € par trimestre en 2026 (12 % du plafond mensuel de la Sécurité sociale, soit 12 % × 4 005 € ; service-public.gouv.fr affiche le montant arrondi de 481 €), 2 trimestres maximum.
L’anomalie 2026 que presque personne ne signale
Le barème n’a pas été réévalué depuis 2013 : la circulaire Cnav le dit explicitement, seuls les seuils de revenus (75 % et 100 % du plafond) sont indexés chaque année. Deux conséquences que les tableaux officiels ne commentent jamais.
D’abord, en euros constants, racheter un trimestre coûte moins cher chaque année : les montants sont figés pendant que les salaires et les prix montent. Il n’y a donc aucune « urgence tarifaire » à racheter — contrairement à ce que suggèrent les argumentaires commerciaux.
Ensuite, le gel a créé une anomalie dans la tranche intermédiaire. En 2013, le pourcentage appliqué aux revenus moyens (par exemple 12,18 % à 62 ans en taux seul) raccordait exactement les montants plancher et plafond. Treize ans plus tard, les seuils ont monté mais ni les montants ni les pourcentages : à 62 ans, un salarié à 47 000 € de revenu moyen se voit facturer 12,18 % × 47 000 = 5 725 € le trimestre… quand un cadre à 90 000 € paie 4 510 €. En option taux et durée, l’écart est encore plus marqué : 18,05 % × 47 000 € = 8 484 €, contre 6 684 € au-delà du plafond. La tranche du milieu paie plus cher que la tranche haute. Si votre revenu moyen est entre 36 045 € et 48 060 €, demandez systématiquement l’évaluation officielle à l’Assurance retraite avant de décider — et vérifiez de quel côté du seuil vous tombez.
Taux seul ou taux et durée : à quoi servent les deux options ?
- Taux seul : le trimestre racheté réduit (ou annule) la décote — chaque trimestre manquant coûte 0,625 point sur le taux de 50 % — mais n’augmente pas votre durée d’assurance. C’est l’option la moins chère.
- Taux et durée : environ 48 % plus chère, elle agit sur la décote et ajoute le trimestre à la durée d’assurance, ce qui améliore aussi le coefficient de proratisation de la pension de base.
Point souvent ignoré : supprimer la décote au régime de base fait aussi sauter le coefficient de minoration Agirc-Arrco (environ 1 % de pension complémentaire par trimestre manquant). Pour un cadre, ce second effet peut représenter presque autant que le premier — c’est lui qui fait basculer la rentabilité.
Le vrai prix : votre TMI paie une partie de la facture
Le versement est déductible à 100 % de votre revenu imposable, sans plafond (article 83, 1°-a du CGI pour les salariés), l’année du paiement. C’est l’un des rares dispositifs retraite français à déduction illimitée — le PER, lui, est plafonné. Coût net d’un trimestre à 58 ans pour un revenu supérieur au plafond (4 216 € en taux seul) :
| TMI | Économie d’impôt | Coût net du trimestre |
|---|---|---|
| 11 % | 464 € | 3 752 € |
| 30 % | 1 265 € | 2 951 € |
| 41 % | 1 729 € | 2 487 € |
| 45 % | 1 897 € | 2 319 € |
Deux précautions. Un gros rachat peut faire redescendre votre revenu dans la tranche inférieure : l’économie réelle est alors plus faible que TMI × montant. La parade existe : le paiement est échelonnable (comptant pour 1 trimestre ; sur 1 ou 3 ans pour 2 à 8 trimestres ; sur 1, 3 ou 5 ans au-delà, avec une majoration d’indexation au-delà de 12 mois), et la déduction suit les paiements — étaler, c’est caler chaque annuité dans votre TMI la plus haute.
Rentable ou pas : le calcul en années de retraite
Le rachat est une rente viagère achetée d’avance : vous payez un capital net aujourd’hui contre un supplément de pension indexé, versé à vie. La bonne mesure est le délai d’amortissement : coût net ÷ gain annuel net de pension.
Hypothèses du tableau : cadre de 58 ans, départ à 64 ans avec 4 trimestres manquants, salaire annuel moyen (base, plafonné) de 40 000 €, complémentaire Agirc-Arrco de 16 000 €/an, option taux seul à 4 216 €/trimestre. Gain brut par trimestre racheté ≈ 244 €/an de pension de base (0,625 point de taux) + 160 €/an d’Agirc-Arrco ≈ 404 €/an, soit ≈ 257 €/an net de prélèvements sociaux (9,1 %) et d’un IR à 30 % à la retraite.
| TMI pendant l’activité | Coût net du trimestre | Amortissement (années de retraite) |
|---|---|---|
| 30 % | 2 951 € | ≈ 11,5 ans |
| 41 % | 2 487 € | ≈ 9,7 ans |
| 45 % | 2 319 € | ≈ 9,0 ans |
À 64 ans, l’espérance de vie dépasse 20 ans ; un amortissement en 9 à 11 ans laisse une décennie de rente « gratuite », indexée, sans risque de marché. Dit autrement : 2 487 € nets qui rapportent 257 €/an nets à vie, c’est une rente viagère implicite à plus de 10 % — un taux qu’aucune rente viagère du commerce n’offre à cet âge. C’est en ce sens que le rachat est l’un des rares coups fiscaux à rendement quasi garanti — mais uniquement quand toutes les conditions ci-dessus sont réunies.
Trois cas concrets
Cadre, 58 ans, TMI 41 %, 4 trimestres manquants. Rachat taux seul : 4 × 4 216 € = 16 864 €, économie d’impôt 6 914 €, coût net 9 950 €. Gain : +977 €/an de pension de base (taux 47,5 % → 50 %) + ≈ 640 €/an d’Agirc-Arrco, soit ≈ 1 030 €/an net d’impôts et de CSG. Amorti en ≈ 9,7 ans de retraite — rentable, avec en prime la possibilité de partir sans décote. C’est le profil idéal du dispositif.
Salariée, 45 ans, TMI 30 %, revenu 40 000 €. Double peine : elle tombe dans la tranche intermédiaire (8,52 % × 40 000 = 3 408 € le trimestre, plus cher que les 3 154 € payés par un cadre au-delà du plafond !), et il lui reste ~19 ans de carrière. D’ici là, elle validera peut-être ces trimestres en travaillant (rachat devenu inutile, remboursement non garanti), et une réforme peut changer l’âge ou la durée requise. Le même argent sur un PER à 4 %/an vaudrait ≈ 7 200 € au moment du départ. Verdict : ne pas racheter à cet âge — réévaluer à 55 ans, carrière stabilisée.
Indépendant (artisan ou libéral non réglementé), 60 ans, TMI 45 %, 4 trimestres manquants. Le même barème s’applique (les professions libérales réglementées — médecins, avocats… — relèvent d’autres régimes et d’autres barèmes). Taux seul : 4 × 4 367 € = 17 468 €, coût net ≈ 9 600 €. Mais sans l’effet Agirc-Arrco d’un salarié, le gain net tombe à ≈ 600 €/an — la complémentaire des indépendants (RCI) applique bien sa propre décote en cas de taux minoré (1 % par trimestre manquant jusqu’à 12, 1,25 % au-delà, solution la plus favorable retenue), que le rachat efface aussi, mais sur des pensions RCI en général plus modestes que l’Agirc-Arrco d’un cadre : amortissement ≈ 16 ans, à la limite de l’espérance de vie. Ici, l’alternative honnête est souvent travailler deux trimestres de plus : la décote disparaît aussi, et ça rapporte au lieu de coûter. Même à TMI 45 %, le rachat n’est pas automatique.
L’idée reçue à démonter : « racheter tôt coûte moins cher, donc c’est mieux »
C’est vrai au premier ordre : le trimestre taux seul au-delà du plafond coûte 3 154 € à 45 ans contre 4 216 € à 58 ans (+34 %). Mais le raisonnement oublie trois choses. Le coût d’opportunité : 3 154 € placés 13 ans à 4 % font 5 251 € — plus que le prix du même trimestre à 58 ans ; l’écart de barème ne compense pas la capitalisation perdue. Le risque d’inutilité : à 45 ans, vous ne savez pas si ces trimestres vous manqueront vraiment. Le risque de réforme sur 15 à 20 ans. La fenêtre rationnelle, c’est 2 à 5 ans avant le départ, relevé de carrière rectifié en main, quand le nombre de trimestres manquants est une quasi-certitude — pas une projection. Seule exception : le tarif réduit études supérieures avant 40 ans, où la réduction de 670 à 1 000 € par trimestre change réellement l’équation pour les carrières déjà lisibles.
Rachat de trimestres ou PER ?
Même TMI, même déduction — mais deux objets différents. Le PER achète du capital exposé aux marchés, disponible en capital ou en rente, transmissible ; son avantage fiscal est plafonné. Le rachat achète de la rente viagère d’État, indexée, sans risque de marché, sans plafond de déduction — mais irréversible et sans valeur de transmission. Notre règle : la déduction fiscale améliore un choix, elle ne le justifie jamais. Si votre besoin est un revenu garanti et qu’il vous manquera des trimestres à moins de 5 ans du départ, le rachat bat le PER (rente implicite ≈ 10 % contre un rendement de marché incertain). Si votre horizon dépasse 10 ans, ou si vous voulez garder la main sur le capital, le PER l’emporte. Les deux se combinent d’ailleurs : le rachat pour éteindre la décote, le PER pour le reste de la capacité d’épargne.
Le risque réforme : ce qu’il advient d’un rachat déjà payé
Parlons franchement : un rachat engage sur des règles que le législateur peut changer. Précédent instructif — la réforme de 2023 (62 → 64 ans) a rendu certains rachats inutiles ; un droit à remboursement a bien été ouvert, mais étroitement borné : cotisations versées avant la publication de la loi (15 avril 2023), assurés nés à compter du 1er septembre 1961 n’ayant fait valoir aucun droit à retraite, demande dans les deux ans de la promulgation, soit jusqu’au 14 avril 2025 — la fenêtre est aujourd’hui fermée. Les cotisations rachetées ayant été déduites du revenu imposable à l’entrée, leur remboursement a, par symétrie, vocation à être réintégré au revenu imposable — c’est le traitement rapporté par la presse spécialisée (l’article 10 de la loi du 15 avril 2023 ne précise pas lui-même ce point). Moralité : l’histoire montre que des remboursements sont possibles après une réforme, mais ni automatiques, ni garantis, ni éternels. C’est un argument de plus pour racheter tard : moins d’années entre votre versement et votre liquidation, c’est moins de réformes en travers.
FAQ
Quel est le prix d'un rachat de trimestre en 2026 ?
De 1 055 € (20 ans, bas revenu, taux seul) à 6 684 € (62 ans, revenu supérieur à 48 060 €, taux et durée), selon le barème Cnav du 5 février 2026. Le pic est à 62 ans.
Le rachat de trimestres est-il déductible des impôts ?
Oui, à 100 % du revenu imposable, sans plafond, l'année de chaque paiement. Ce n'est pas un crédit d'impôt : l'économie vaut votre TMI × le montant versé.
Combien de trimestres peut-on racheter ?
12 au maximum sur toute la carrière (études supérieures diplômantes + années incomplètes), entre 20 et 66 ans révolus, avant liquidation de la retraite.
Peut-on payer en plusieurs fois ?
Oui : comptant pour 1 trimestre, sur 1 ou 3 ans pour 2 à 8 trimestres, sur 1, 3 ou 5 ans à partir de 9 trimestres (majoration d'indexation au-delà de 12 mois). La déduction fiscale suit le rythme des paiements.
Peut-on se faire rembourser un rachat devenu inutile ?
Pas en principe. La fenêtre exceptionnelle ouverte après la réforme de 2023 est close depuis le 14 avril 2025. Considérez tout versement comme définitif.
Le rachat augmente-t-il aussi la retraite complémentaire ?
Indirectement, oui pour les salariés : en supprimant la décote du régime de base, il fait tomber le coefficient de minoration Agirc-Arrco. C'est souvent ce qui rend l'opération rentable pour les cadres.
Sources
Circulaire Cnav n° 2026-04 du 5 février 2026 — versement pour la retraite, barème 2026 (Cnav) ; Rachat de trimestres de retraite d’un salarié du privé — fiche F15675 (service-public.gouv.fr, mise à jour 01/01/2026) ; Le rachat de trimestres (lassuranceretraite.fr) ; Rachat de trimestres à coût réduit pour les années d’études (la-retraite-en-clair.fr) ; Voici le prix d’un rachat de trimestre en 2026 (MoneyVox) ; Réforme des retraites : dernières heures pour vous faire rembourser un rachat de trimestres (MoneyVox) ; Article 83, 1°-a du Code général des impôts (Légifrance) ; Article D. 351-14-1 du code de la sécurité sociale (Légifrance) ; Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023, article 10 (Légifrance) ; Espérance de vie à divers âges (Insee). Sources consultées le 26 juillet 2026.